Synthèse du colloque « PASS-SPORT médical » – 07 juin 2018

Avec le concours du Ministre des Sports de la Fédération Wallonie Bruxelles, Monsieur Rachid Madrane, L’AISF a eu le plaisir d’organiser un débat sur l’utilité du certificat médical de non contre-indication à la pratique sportive.

Monsieur le Ministre a accueilli les représentants des différentes fédérations sportives ainsi que les experts invités pour présenter leurs études et points de vue sur le sujet. Il a brossé un bref rappel de la situation :

« …. «Le décret de la Communauté Française du 03 avril 2014 relatif à la prévention des risques pour la santé dans le sport, prévoit, notamment des règles générales et obligations minimales, pour tous les sports dont la pratique ne présente pas de risque particulier. Tel est le cas, par exemple, de l’obligation, pour tout sportif, de s’assurer qu’il ne présente pas de contre-indication à la pratique sportive ». Ce décret institue une Commission d’experts dénommée « Commission de prévention des risques pour la santé dans le sport ». Elle est composée de représentants du monde scientifique, médical et sportif. Les travaux de cette Commission ont abouti à proposer une modification décrétale relative notamment à l’obligation de fournir un certificat médical préalable à la pratique sportive. En juin dernier, la Commission de Prévention des Risques pour la Santé dans le Sport a présenté cette proposition au Conseil supérieur des Sports. A l’issue de cette présentation, plusieurs participants au Conseil, dont l’AISF, ont fait part d’une série d’interrogations quant aux modalités d’application, du contrôle, des sanctions, du suivi administratif et des conséquences en cas de questionnaire « positif »… »

Cette journée devait permettre au Ministre de lui apporter un éclairage nécessaire à ses futures prises de décision en la matière.

Le président de l’AISF, Monsieur André Stein, a pour sa part insisté sur le fait que le monde sportif se devait de tout mettre en œuvre pour préserver la santé du sportif.
Les différents acteurs sportifs réunis lors du dernier Conseil Supérieur du Sport sont favorables à une vaste campagne de sensibilisation et de responsabilisation. Ils plaident en faveur du modèle de questionnaire pré-participatif mis en place par la Commission. Mais attendent les derniers éclaircissements avec grand intérêt.

Monsieur Van Brabandt – cardiologue et membre du Centre Fédéral d’Expertise des soins de santé (KCE) – a présenté les résultats de l’étude menée en 2014 par la KCE sur l’organisation d’un dépistage cardiaque systématique pour les jeunes sportifs (14/34 ans). A ce jour, aucune étude valable ne permet d’affirmer que des vies pourraient être sauvées suite à cet examen.
Au contraire, le risque est « de faire d’un sportif, un patient ! »
Le sport reste bon pour la santé, l’exercice physique réduit le risque de mort subite. Il est donc nécessaire d’informer, de responsabiliser le (futur) sportif.

Monsieur Marc Francaux – Professeur ordinaire à l’UCL – Président de la Commission de prévention des risques pour la santé dans le sport rappelle que le rôle principal de la commission est de proposer au gouvernement le contenu de l’examen de contre-indication et que le but de cet examen est de limiter les risques pour la santé dans le sport. L’idée est de soumettre chaque sportif à un questionnaire en ligne. En fonction des réponses fournies, ce dernier recevrait une attestation d’aptitude à la pratique sportive (une attestation valable pour toutes les disciplines) ou serait invité à se rendre chez un médecin.
Malgré le travail accompli, il reste à amender le décret, prévoir les sanctions, financer la plateforme en ligne…
Mais responsabiliser le sportif vis-à-vis de son état de santé reste primordial.

Monsieur Michel Ouchinsky – Médecin sportif – estime que l’examen médical, même si ce n’est pas toujours le cas à l’heure actuelle, prend du temps. Le médecin analyse, écoute, conseille, rassure.
Le sport ne crée pas une pathologie mais la révèle donc. La découvrir avant la pratique reste un avantage. Néanmoins, les avantages tirés de la pratique sportive sont considérablement supérieurs aux risques courus.

Monsieur Boris Gojanovic – Médecin sportif et Membre du comité central de la Société Suisse de Médecine du Sport – a fait état de la situation en Suisse où le certificat médical n’est pas obligatoire. Les médecins travaillent sur la prévention, l’accompagnement, l’éducation, la nutrition, la récupération… tant au niveau des athlètes, qu’au niveau des formateurs et des parents.

Monsieur Gilles Goetghebuer – Rédacteur en chef des magazines « Sport et Vie » et « Zatopek » – a insisté sur la nécessité de diminuer les contraintes afin d’éviter les tricheries. Il fait remarquer qu’obtenir un certificat d’aptitude à la pratique sportive peut parfois favoriser le sportif à prendre plus de risques.
«Un cycliste prend plus de risques sur la route quand il roule avec casque que lorsqu’il roule sans ! »
On doit insister sur la prévention et éviter de surmédicaliser le sport.

Après avoir redéfini les responsabilités civile et pénale, Monsieur Olivier Binet – Inspecteur de la direction commerciale collectivités chez Ethias – a insisté sur le fait que le certificat, à l’heure actuelle, n’est pas obligatoire pour qu’un affilié, un club ou une fédération, soit couvert en assurance. Toutes les mesures prises pour limiter les risques sont positives ; le certificat de non contre-indication semble de nature à conscientiser et responsabiliser le sportif.

Après une séance de questions/réponses durant laquelle quelques éclaircissements ont été apportés, il a été précisé que le but du questionnaire en ligne est de responsabiliser le pratiquant, de simplifier le travail administratif des fédérations, des clubs, des organisateurs d’évènements sportifs et de diminuer les consultations « factices » mais que de nombreuses questions doivent encore être débattues.

Serge Mathonet, directeur de l’AISF a clôturé la séance en remerciant les différents intervenants et en conviant l’assemblée à un walking-diner pendant lequel les échanges ont pu se poursuivre.